Papy Michel fait de la résistance
Mise à jour le 18 mai 2026
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"Ici Londres,
les
Français parlent aux Français. Veuillez écouter d’abord quelques
messages personnels" Ces messages sybillins diffusés par la BBC de Londres depuis le 3 septembre 1941, étaient destinés à la Résistance et servirent à confirmer des ordres ou des actions. A part l'expéditeur et leurs destinataires, personne n'en connaissaient la signification.
Quelques exemples:
Un parachutage dans l’Indre est confirmé par Lisette va bien.
Melpomène se parfume à la lavande annonçait le ralliement à Londres de l'ex-ambassadeur de la Turquie (annoncé par Stéphane Hessel).
L’éléphant du jardin des plantes s’appelle Charles, indiquait l'heure d’un parachutage dans le Lot, le 13 juillet 1944. Les sept lettres du mot "Charles" (chacune valant 30 minutes) indiquaient 3h30. Il fallait encore ajouter la base connue "5" pour obtenir 8h30, l'heure exacte du parachutage:
Les sanglots longs des violons de l’automne… célèbre vers de Verlaine, donnait l'ordre au réseau Ventriloquist de commencer le sabotage des voies ferrées juste avant le D-Day.
Autres exemples: Les carottes sont cuites, Clémentine peut se curer les dents, la lune est pleine d’éléphants verts,
le coq dresse sa crête. L'avantage de ce système était qu'il était à sens unique et ne permettait pas de localiser le résistant opérateur radio. L'inconvénient était par contre qu'il fallait au préalable convenir de la signification de la phrase.
Sources:
La valise de la Résistance type 3MK2-B2
C'était l'émetteur-récepteur portatif de la Résistance, développé en 1942 par le Major John L. Brown.
Caractéristiques:
C'était le récepteur le plus
populaire de la Résistance. Il était montée dans un boîte à biscuits
en tôle d'où son nom. Jétais_un_pianiste_de_la_Résistance Simone et Michel font de la résistance (vraie histoire fausse)
Fig 1: Valise de la Résistance, modèle 3 MK 2 (modèle plus récent que ci-dessous)
En 1944, j'étais un pianiste de la Résistance. C'est comme cela qu'on appelait un opérateur radio, parce qu'il pianotait sur son manipulateur morse.
Ce jour-là, je me trouvais en Suisse allemande avec ma compagne Simone, dans un hôtel de luxe. Pour tout le monde, nous n'étions qu'un sympathique jeune couple en vacances. Personne ne se doutait que nous formions l'équipe radio la plus diaboliquement efficace de la Résistance française, on nous appelait les Mozart du manipulateur. Pourquoi étions-nous en Suisse et pas en France, je ne saurais le dire, mais j'étais en train de transmettre et de recevoir de Londres une série de messages codés.
Fig 2: Installation de l'antenne
J'avais installé mon émetteur-récepteur de type Paraset dans notre chambre d'hôtel, l'antenne fixée en zig-zag au plafond et la prise de terre reliée au radiateur. Je m'efforçais de sortir mon correspondant à travers les parasites. Cet émetteur-récepteur à ondes-courtes était inséré dans une valise à l'allure anodine, d'où son nom: la valise de la Résistance.
J'avais deux boutons pour me régler sur la fréquence de mon correspondant: le réglage de la fréquence (le condensateur variable "tuning" de 100 pF sur le schéma) et celui de la réaction (potentiomètre "réaction" de 20k). Ce dernier était très important car, en le tournant dans le sens des aiguilles d'une montre, il permettait d'augmenter la sensibilité et la sélectivité du récepteur jusqu'au point de basculement à partir duquel le tube détecteur entrait en oscillation, ce qui permettait de décoder les signaux morse. Ce type de récepteur est le plus simple qui existe car il ne nécessite qu'un seul tube à vide, qui fonctionne à la fois comme détecteur et à la fois comme oscillateur de battement pour hétérodyner le signal arrivant, c'est à dire rendre les traits et les points audibles sous forme d'un son. C'est avec ce genre de récepteur que j'avais fait mes premiers pas dans la réception des ondes-courtes il y a plus de soixante ans.
Une particularité du récepteur à réaction est à noter car des opérateurs s'étaient fait capturer par les Allemands alors qu'ils n'émettaient pas, ils ne faisaient qu d'écouter. Lorsqu'on passe le seuil à partir duquel le détecteur oscille (la réaction), ce dernier génère une porteuse haute-fréquence qui est transmise à l'extérieur par l'antenne. Et cette porteuse non modulée pouvait être reçue par un récepteur proche et sensible. C'est hélas arrivé, jusqu'à ce que les résistants insèrent le tout dans un boîtier métallique afin de le blinder.
J'ai moi-même vécu de genre de mésaventure au début du 144 MHz. La mode était aux récepteurs à superréaction qui avaient le même défaut. J'avais un correspondant régulier à Genève, HB9FV, qui, lui, utilisait un transceiver AM Heathkit de type HW30 dont le récepteur était à superréaction. J'entendais sa porteuse se balader dans la bande avant même qu'il ne passe en émission! Pour ma part j'avais construit mon récepteur 144 MHz à superréaction avec un tube triode EC95.
Soit dit en passant, le trafic radio sur 144 MHz était fort différent de celui pratiqué de nos jours car nos émissions étaient toutes pilotées quartz et chacun avait "sa" fréquence. Lorsqu'on voulait établir un contact, on lançait un long appel et si quelqu'un nous entendait appeler, il nous répondait ensuite sur sa propre fréquence. A la fin d'un appel général, on disait toujours "HB9AFO passe à l'écoute générale de la bande" car il fallait parcourir toute la bande afin de savoir si quelqu'un répondait.
Par la suite, la mode des nuvistors est
arrivée, petits tubes à vide miniatures encapsulés dans un boîtier
métallique, puis le transistor. J'ai commencé par construire un
récepteur, puis une petite série de transceivers portatifs à
transistors le
VON 144. L'émetteur FM était piloté quartz (commutables) et le
récepteur était un superhétérodyne AM/FM à accord variable ou à
canaux fixes. C'était
le premier de ce type et il a fait le joint entre cette époque
pionnière du 144 en AM et celle des canaux FM. Ce ne fut que plus tard qu'apparu la SSB, Single
Side Band, une technique plus efficace
mais aussi plus complexe à mettre en oeuvre. A partir de ce moment,
presque plus personne ne construisit son transceiver SSB, il
l'achetait. Et il le faisait précéder d'un transverter
(convertisseur de fréquences) pour pouvoir trafiquer sur les autres
bandes. Mais pendant longtemps encore, le trafic local se faisait en
FM (Modulation de Fréquence) et sur les
relais, notamment
HB9MM dont je fut le premier responsable technique.
Mais revenons à notre guerre 39-45.
Fig 3: Schéma du Paraset (Rad Com 1982)
Côté émetteur, il fallait d'abord sélectionner la gamme de fréquences, soit de 3.5 à 4.5, soit de 4.6 à 7.6 MHz et ensuite enficher le quartz (Ft-243) de la fréquence désirée marqué "crystal" sur le schéma. Il s'agit d'une fréquence fixe. Si on veut en changer, il faut enficher un autre quartz. L'avantage de ce type de montage sur un oscillateur libre c'est que la fréquence d'émission est parfaitement stable, quelles que soient les variations de température. L'inconvénient c'est que la fréquence d'émission est fixe, et si elle est déjà occupée par un station, on ne peut pas la déplacer, même un peu, il faut changer de quartz.
Ensuite il faut ajuster le condensateur variable marqué "tank tuning" pour le maximum de brillance de l'ampoule "tank indicator" et pour terminer régler le condensateur marqué "aerial tuning" pour le maximum de brillance de l' "Aerial indicator". C'est un indicateur de la puissance de sortie de l'émetteur assez rustique mais suffisant en pratique. Lorsque l'accord est bien fait, que l'antenne est bien positionnée, que l'ampoule brille à son maximum, l'émetteur sort dans les 5 Watts, ce qui permet d'effectuer des liaisons jusqu'à une distance de 1000 km par bonne propagation.
Fig 4: Panneau avant du Paraset (de M0AVN)
A cette époque (1939-45), les ondes-courtes étaient bien moins encombrées que de nos jours, surtout que le monde était en guerre et que la plupart des émetteurs de radiodiffusion étaient à l'arrêt. C'est ce qui permettait au récepteur de la valise de la Résistance de type Paraset d'être parfaitement efficace pour ce genre de travail malgré la simplicité de son schéma.
Les écouteurs sur les oreilles, je tournais le bouton de la réaction jusqu'au point d'accrochage et tournais celui de l'accord en fréquence afin de trouver le signal de mon correspondant, qui, lui, était tranquillement installé dans un bâtiment de l'armée à Londres. Du moins c'est ce que je supposais car son emplacement exact était tenu secret pour ne pas courir le risque de se faire bombarder par la Luftwaffe. Une chose était sûre: son opérateur ou opératrice radio était plus à l'abri que moi, car chaque fois que je transmettais, je courais le risque d'être entendu par les Allemands, voire localisé, ce qui aurait permis aux soldats de la Gestapo de venir m'arrêter. Il me fallait donc souvent changer d'emplacement et transmettre le plus rapidement possible afin que les opérateurs gonio n'aient pas le temps de me situer.
Il faut dire que nos ennemis étaient très bien organisés à cet égard. L'Abwehr (service secret) disposait de camions équipés de récepteurs de trafic et d'une antenne cadre sur le toit qu'ils pouvaient orienter depuis l'intérieur du véhicule. Un seul camion permettait déjà d'entendre le signal de mon émetteur et déterminer la direction de l'endroit d'où j'émettais sous la forme d'un angle par rapport au nord. Un second camion, stationné dans un autre lieu, faisait la même chose et donnait son propre angle. Il suffisait alors de tracer sur une carte deux droites avec les angles mesurés, et le point où elles se croisaient donnait l'emplacement de mon émetteur. Il fallait donc être rapide afin que l'émission ne dure pas suffisamment de temps pour permettre à ceux qui surveillaient les ondes de localiser l'émetteur.
C'est pour cela que nous pratiquions la règle des 3/3: ne pas transmettre plus de 3 minutes consécutives, ne pas transmettre plus de 3 fois du même endroit, ne pas être radio plus de trois mois d’affilée afin d’éviter des erreurs causées par la routine
Le trafic se faisait en morse à l'aide d'un manipulateur incorporé à la valise. L'écoute se faisait au casque de façon assez rustique puisqu'aucun réglage de volume n'était implanté. La plupart du temps, je recevais les messages à transmettre déjà codés sous forme de groupes de cinq lettres mais je devais quelquefois faire ce travail moi-même. C'était une question de sécurité car il était préférable de séparer l'opération de codage de celle de l'envoi du message radio afin que l'opérateur ne puisse pas dévoiler le code utilisé dans le cas où il serait capturé.
L'envoi ou la réception d'un message commençait toujours par la prise de contact radio, chaque station ayant son propre indicatif d'identification, ensuite Londres s'assurait que j'était bien l'opérateur que je prétendais être au moyen d'un mot codé que j'étais le seul à connaître. Ensuite je transmettais mes messages les uns après les autres et mon correspondant faisait ensuite de même avec les siens. La manipulation était manuelle si bien que chacun reconnaissait son vis-à-vis à sa façon de manipuler. L'envoi de code morse, c'est comme écrire une lettre à la main, dont on peut reconnaître l'écriture. A force de s'entendre, on mémorise les tics de manipulation de son correspondant ce qui permet de l'identifier à l'oreille.
De nos jours ce n'est plus guère possible car les télégraphistes utilisent pratiquement tous des manipulateurs électroniques qui donnent des points, des traits et des espaces parfaitement calibrés, C'est un peu comme écrire une lettre à la machine plutôt qu'à la main. Et puis il faut aussi dire que le morse n'est quasiment plus utilisé et que sa pratique n'est même plus demandée pour obtenir une licence de radioamateur.
Le passage de réception à émission se faisait à l'aide d'un bouton qui commutait l'antenne du récepteur à l'émetteur, coupait la haute tension du récepteur et enclenchait celle de l'émetteur. Sur le schéma, c'est le bouton marqué "trans-receive" pour "transmitter" et "receiver" (émetteur et récepteur) qui fait ce travail.
J'en étais donc là de mes transmissions lorsque subitement la porte de la chambre s'ouvre à la volée et le guetteur que j'avais posté devant l'hôtel surgit tout essoufflé. Il m'annonce que les nazis arrivent et qu'il faut partir à toute vitesse. Je ne fais ni une ni deux, démonte l'antenne et ferme la valise de transmission. Simone avait gardé nos affaires prêtes. Elle enfile son anorak et nous voici sur le départ. Le tout n'a pas duré deux minutes. Jean-Bertrand me dit de passer par derrière l'hôtel et me tend la clé de la porte en me disant que je la trouverai facilement car elle est énorme, massive (on verra que cela a son importance). Un de nos collègues nous attend dans une "traction avant" dans la rue adjacente.
Nous sortons rapidement de la chambre et descendons quatre à quatre les escaliers jusqu'au sous-sol. Personne ne nous a vus. De son côté, Jean-Bertrand sort tranquillement par le devant de l'hôtel puisque, lui, n'est pas recherché. Je cours, la valise radio dans une main et celle contenant mes vêtements dans l'autre, Simone sur mes talons. Le sous-sol n'est pas bien éclairé mais nous trouvons finalement la fameuse porte. Je l'ouvre avec la clé, fait passer Simone et nos valises de l'autre côté.
Je reviens sur mes pas afin de fermer la porte à clé mais celle-ci se referme d'elle-même en claquant. Je me retrouve à l'intérieur avec la clé sur la porte mais à l'extérieur. Catastrophe ! Je tente de crier à Simone d'ouvrir la porte mais elle ne m'entend pas, la porte est trop épaisse et aucun son ne la franchit. Je n'ose taper sur la porte, cela ferait trop de bruit. Je décide alors de rebrousser chemin et de faire le tour de l'hôtel. Je me dépêche mais j'ai le souffle court. J'arrive enfin dans la rue mais il n'y a plus personne. Simone, la voiture et son chauffeur sont partis, croyant probablement que je m'étais fait prendre par les soldats qui arrivent en courant.
Ceux-ci me repèrent et fondent sur moi en aboyant l'ordre de m'arrêter. Je stoppe car ils pointent leurs armes sur moi. Me voilà fait prisonnier. Ils m'embarquent et me font descendre à la cave. Je pense à ma courageuse Simone et suis soulagé qu'elle ai pu s'échapper. Pour moi c'est terminé.
Je vois avec horreur que ceux qui m'ont arrêté sont des SS de la division Das Reich, les pires. Il m'attachent sur une chaise et un homme, tout vêtu de noir, petites lunettes rondes, qui me regardait bizarrement sans rien dire, sort ce qui me paraît être une trousse de dentiste et l'ouvre. Je vous passe la suite car j'ai perdu plusieurs fois connaissance. Je me rappelle seulement que les sbires d'Adolf n'arrêtaient pas de me crier "Nous afons les moyens de fous vaire barler" et qu'ils voulaient savoir où étaient mes complices.
Bref, c'est ainsi que je me suis retrouvé dans un wagon à bestiaux en compagnie de gens que je ne connaissais pas. Les conditions étaient épouvantables: rien à boire ni à manger, pipis et cacas à même le sol, pas de papier pour s'essuyer et impossible de nous étendre pour dormir car nous étions trop serrés (c'était peut-être mieux).
Au bout de trois jours et trois nuits, on nous a fait descendre du train à coups de crosses et sous les aboiements des chiens. C'est là que j'ai vu l'inscription "Arbeit macht frei"sur le portique et que j'ai compris que nous étions devant l'entrée du camp de concentration d'Auschwitz. Arbeit macht frei, le travail rend libre, tu parles !
Et c'est à ce moment-là que je me suis réveillé de mon cauchemar ! Pendant un court instant j'étais encore dans mon rêve et je pense que c'est pour cette raison que je m'en souviens encore. D'habitude je ne rêve pas, et même si c'est le cas, je ne me souviens jamais de ce que j'ai rêvé.
Je présume que j'ai cauchemardé toute cette histoire parce que j'avais vu le film "Papy fait de la résistance" quelques soirs auparavant, ainsi que "Les Visiteurs 3", avec Jacquard en collabo dans son château occupé par les nazis. Et aussi parce que j'avais visité "Top secret", l'exposition de Jacques Baud sur la résistance au château de Morges.
Voilà toute l'histoire ! Je l'ai vraiment rêvée, c'est ça sa partie vraie, mais évidemment elle est fausse, nous n'étions pas nés à cette époque, Simone et moi.
Quel bonheur de me retrouver en paix, dans mon beau pays, avec mon béret et mes pantalons golf, en train de lire le journal la pipe au bec devant la cheminée qui crépite et la radio branchée sur Londres, avec Erika qui tricote à mes côtés, un plaid sur les épaules. Ah non, zut, ça c'est encore dans mon rêve !...
PS:
Sources: |