Tests de perturbations avec l’armée

Le radar en position au bord de l'A1
Une
conjonction de bons réflexes et de bonnes volontés a abouti à une matinée de
test entre l’armée et quelques ATV’istes membres du SWISS ATV et
utilisateurs de la bande 1200 MHz.
Le
bon réflex, c’est Michel HB9BOI qui l’a eu lorsqu’il a appris, dans le
cadre de sa profession, que ses collègues allaient équiper les troupes de DCA
de radars mobiles travaillant dans "notre" bande 1200 MHz. La bonne
volonté c'est le chef du projet, Monsieur Kurt Kohler qui en a fait preuve en
acceptant la proposition de Michel d'associer les radioamateurs aux mesures qui
devaient être faites sur le terrain.
Et
c'est ainsi, qu'avertis par HB9BOI et par Fred HB9AAQ, l'homme de liaison de
l'USKA avec les Autorités, nous nous sommes retrouvés engagés pour des tests
de "susceptibilité HF" ce matin 11 avril 2001 près de Payerne.
HB9BOI, HB9DBB (Responsable technique de Météo Suisse) et HB9VJS) étaient sur
le site du radar, au bord de la toute nouvelle autoroute A1, Rémy HB9DLH était
près de Dompierre, QRV émission-réception ATV 1200 MHz, HB9RXV était à son
QRA de Cheyres et télécommandait le relais ATV HB9IBC, très utile pour les
mesures avec sa sortie sur 1280 MHz, HB9PXN était à son QRA de Neuchâtel et
nous envoyait lui-aussi du 1280 MHz. Moi-même HB9AFO, j'était à Bellerive,
sur les contreforts du Mont Vully.
Nous
étions donc deux stations de mesure, HB9DLH et HB9AFO, situées à environ 8 km
chacune du radar (lui même installé au bord de l'autoroute, près de Payerne)
et avec des sources 1200 MHz soit dans l'axe du radar, soit à 90 degrés. Cela
allait nous permettre de faire des
estimations du QRM apporté par les émissions du radar, environ 1 kW peak, sur
des signaux forts de TV couleur (B5) transmis par HB9IBC et HB9PXN.

M. Kurt Kohler, Adj EMG P.Marchiondi, Rémy HB9DLH et Michel HB9BOI
Perturbations
occasionnées par le radar sur notre réception
De
mon côté , j'était équipé d'un récepteurs ATV typique: antenne Flexa Jagi
en polarisation horizontale (la même que celle du radar), préamplificateur
faible bruit + module TV sat (Sélectivité commutable à 18 et 27 MHz). Et d'un
analyseur de spectre de construction maison pour visualiser la HF. Deux écrans
LCD permettaient d'observer les images reçues de HB9RXV et de HB9PXN.
Les opérateurs déplaçaient la fréquence du radar d'une extrémité à
l'autre de la bande 1200 MHz. Et chaque fois des perturbations étaient visibles
sur l'image reçue sur 1280 MHz, même lorsque le radar était sur 1210 MHz, à
70 MHz de la station reçue, avec un maximum, bien-sûr, lorsque le radar émettait
sur 1280 MHz. Là, l'image était totalement couverte (en rendue inutilisable)
lorsque l'antenne du radar était dans ma direction et des lignes couvraient l'écran
dans les autres directions (l'antenne du radar était bien-sûr tournante).

Image brouillée par le radar (hors fréquence)
On
trouvait les mêmes perturbations sur le signal de HB9RXV (transmises par le
relais ATV HB9IBC), situé à peu près dans l'axe du radar et sur le signal de
HB9PXN, à 90 degrés de l'axe du radar. C'était probablement dû à la
puissance et à la proximité du radar et des réflexions venant de tous les côtés.
Rémy
HB9DLH a fait en gros les mêmes observations que moi. En plus du militaire,
nous recevions également le radar de Météo Suisse situé dans les hauts de
Payerne mais hors bande amateur. Rémy était nettement plus gêné que moi à
cet égard parce qu'il était plus près.
On
peut résumer la situation en disant que nos récepteur ATV sont d'excellents
"détecteurs de radar". Ce dernier peut se trouver n'importe où dans
la bande, on en aperçoit les effets sur les images reçues. Par contre, en
absence d'image, les bursts de l'antenne rotative se confondent avec le bruit
stochastique du récepteur et se différentient peu de la "neige" sur
l'écran, sauf si le radar est exactement sur la même fréquence que le récepteur.
Là, la "neige" devient "image blanche" lorsque l'antenne
nous vise.
Perturbations
occasionnées par nos émissions sur le radar
Peu
d'effet car une porteuse se traduit par un épaississement du cercle de l'image
électronique du radar dans la direction du perturbateur. La fonction de détection
du radar n'est pas diminuée et l'opérateur peu inhiber une portion de l'écran
qui serait perturbée par un signal parasite. Mais un signal très fort peut
quand-même devenir gênant.
Conclusion
Face
à la problématique engagée, les résultats des tests étaient prévisibles.
En revanche, le fait que "le signal d'alarme" de Michel HB9BOI ait été
entendu et pris en compte par la hiérarchie militaire est une grande nouveauté
et un signe évident d'ouverture de l'armée à l'égard des autres
"locataires" du spectre radioélectrique. Du côté des radioamateurs,
le signal a aussi été entendu et transmis par le comité de l'USKA aux OM
locaux. Cela aussi est un progrès à souligner.
A
notre connaissance, cette collaboration armée-radioamateurs est une première
et, rien que pour cela, est à saluer. C'est une avancée importante et réjouissante
de nos relations avec cet important corps de l'Etat. Le manuel de l'opérateur
de ce radar comportera vraisemblablement l'instruction d'éviter les canaux 1255
et 1280 MHz, les deux fréquences les plus utilisées en ATV. De notre côté,
nous serons circonspects lorsque nous décèlerons de telles perturbations
indiquant qu'une troupe est à l'exercice dans les environs, la consiqne étant
d'éviter au maximum de transmettre dans cette direction. Et puis nous pourrions
développer des préamplificateurs HF équipés de filtres très sélectifs.
Cela diminuerait très certainement l'emprise des impuslsions radar sur les récepteurs
à très large bande que nous utilisons généralement pour recevoir de l'ATV
sur 1200 MHz.
Michel
Vonlanthen HB9AFO
Consultant du Comité de l'USKA pour les questions ATV
19.4.2001
(Publié
en accord avec l'Armée suisse)